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14 juin 2006

Alan Garcia Président

Alan Garcia obtient selon l'ONPE 52,625 % des voix contre 47, 375 % pour Ollanta Humala. Alan Garcia est pour une deuxième fois de sa carrière politique président du Pérou après un long exil en France. Restez connectés sur ce blog pour une analyse de cette nouvelle situation politique au Pérou.

04 mai 2006

Ollanta Humala et Alan Garcia au second tour

Ollanta HUMALA
Union Por el Peru

Alan GARCIA
APRA

30,62 % (3 757 735)

24,33 % (2 984 881)

Plus d'un mois après être allés aux urnes, l'ONPE (Oficina Nacional de Procesos Electorales) donne enfin les résultats (à 100%) du premier tour de la présidentielle aux péruviens. Se sera donc sans surprise le candidat Ollanta HUMALA et finalement Alan GARCIA qui se disputeront dans cette dernière ligne droite la présidence à la république du Pérou.

La Gauche remporte donc ces élections avec 30,62 % pour Ollanta HUMALA et 24,33% pour Alan GARCIA. Une différence de 772 854 voix séparent le premier du second.

Lourdes FLORES et sa coalition de droite Unidad Nacional se retrouve donc en troisième position avec 23,80 % des votants. C'est à dire que Lourdes FLORES se situe à 0,53 points d'Alan GARCIA, soit à 64 303 votes seulement de différance.

Jérôme DENNI.

26 avril 2006

Lourdes Flores, encore un échec ?

Flores2 Lourdes Flores.

Lourdes Celmira Rosario Flores Nano est avocate mais aussi politicienne. Elle est à la fois la meneuse de l’Alianza Unidad Nacional (Alliance pour l’unité nationale) et la présidente « del Partido Popular Christiano » (du Partie Populaire Chrétien).

Sa carrière politique.

En 1990, elle est élue députée haut la main par son parti (le Parti Populaire Chrétien). Faisant partie du Congrès de la République péruvienne elle défend les droits de la femme et condamne l'amnistie aux militaires.


Coup d’Etat de Fujimori.

Le 05 avril 1992, Alberto Fujimori renverse son propre gouvernement. Lourdes Flores convoque alors les députés pour examiner la situation politique dans le but de trouver une solution afin de renverser Fujimori et restaurer la démocratie. Par peur du nouveau pouvoir en place, les sessions de la Chambre des Députés se feront dans sa propre maison.

Cette année même, elle a été choisie comme membre du Congrès Constitutif Démocratique et fit partie de la Commission de Constitution qui élabora la nouvelle Constitution péruvienne de 1993 (la Constitution actuelle). Elle est réélue congressiste entre 1995-2000.

La dénonciation de Fujimori.

En janvier 1997, Fujimori écarte trois magistrats du Tribunal Constitutionnel du Pérou qui essaye d’empêcher sa candidature pour les élections de 2000. Mais malgré de nombreuses autres tentatives de l’opposition visant à écarter Fujimori de la course présidentielle, il se représentera et sera déclaré vainqueur face à Alejandro Toledo le 28 mai. Lourdes Flores fit partie de cette opposition en dénonçant publiquement Fujimori et la destitution de ces trois magistrats.

A cela, en juillet 2000, elle dénonce avec la journaliste Cecilia Valenzuela la double nationalité de Fujimori. Mais, avec la déconcertante majorité des fujimoristes au Congrès, elles n’ont pu obtenir une véritable recherche parlementaire. L’affaire tombe à l’eau pour ne ressurgir que fin 2005.

Un Kilomètre carré .a use .a use.

En 1998, elle fait partie d’une sécession de Congrès de la République qui décida de donner comme propriété privé un terrain dans la forêt péruvienne d’un kilomètre carré à l’Equateur. Elle avait déclaré à l’époque « J'assume pleinement le risque de cette décision. Je voterais en faveur de cette mesure ».

Cette décision a été donnée dans le sens d’un processus de paix afin de mettre un terme à plus d’un demi-siècle de conflit frontalier (particulièrement meurtrier) entre les deux pays. Ce kilomètre carré donné par les péruviens aux équatoriens dans la région de Tiwinsa possède un statut juridique spécial. Et j’insiste, ce territoire donné à l’Equateur devra toujours être administré par le Pérou, c’est à dire que l’armée et la police équatorienne ne pourront pas y pénétrer ; seul la police et l’armée péruvienne resteront garantes de la sécurité et de l’ordre public. Donc, en donnant à l’Equateur cette aire de 1 km2 dans la région de Tiwinsa, l’endroit même ou les combats ont été les plus meurtrier, en donnant un territoire qui restera régit par l’administration et l’autorité péruvienne, le Pérou veut montrer à travers cet acte uniquement symbolique son désire de réconciliation et de paix.

Lourdes12uy Cependant, le fait que Lourdes Flores soutienne publiquement cette décision n’a pas été au goût de tout le monde. On l’appelle d’ailleurs dans cette région du Pérou « Miss Tiwinza ». Encore aujourd’hui, elle n’est pas du tout aimée dans cette partie du Pérou à cause de cette histoire. D’ailleurs, ses adversaires n’hésiteront pas à utiliser cet incident pour attaquer Lourdes Flores personnellement dans sa campagne.

Les élections présidentielles de 2001.

En 2000, elle fonda la coalition « Unidad Nacional » (Unité Nationale), qui incluait les partis (et inclue toujours) :

- Populaire Chrétien (Lourdes Flores Nano).

- Rénovation (Rafael Rey).

- Solidarité Nationale (Luis Castañeda Lossio).

- Changement Radicale (Jose Barba Caballero).

Lourdes Flores, à la tête de cette coalition cherche à créer un seul front pour les élections de 2001. Unidad Nacional est une coalition de centre-droit.

Mais dés le 1er tour Unidad Nacional se fait éliminer en se retrouvant en 3ieme position derrière Alejandro Toledo et Alan Garcia Perez. Unidad Nacional n’appuiera aucun des candidats au second tour.

L’opposition.

La coalition Unidad Nacional continuera toujours d’exister comme groupe d’opposition pendant le gouvernement Tolédo (l’actuel gouvernement).

Unidad Nacional est la troisième force d ‘opposition du gouvernement Alejandro Toledo avec 17 sièges au parlement sur 120.

Les élections de 2006.

Après avoir occupé la troisième place aux élections de 2001, Lourdes Flores revient pour les élections 2006 comme candidate de sa coalition Unidad Nacional. Elle est actuellement troisième à moins d’un pourcent du second Alan Garcia, malgré être resté en tête des sondages de décembre 2005 à janvier 2006.

Sa campagne.

Lourdes_flores_mitin A partir de février 2006, Flores Nano commence une agressive campagne publicitaire, ayant comme slogan « El Perú en manos firmes » (le Pérou entre de mains fermes).

La coalition Unidad Nacional, contrairement à tous les autres partis, n’inclura pas ses candidats au Congrès dans ses spots publicitaires. En effet, par soucis d’économie, seule Lourdes Flores Nano apparaîtra dans ces spots.

Lourdes Flores insistera beaucoup lors de sa campagne sur le fait qu’elle possède déjà une longue expérience politique. Elle insistera aussi sur son dévouement pour le Pérou. Elle demandera aux péruviens d’avoir confiance en elle non pas en tant que politicienne mais en tant que femme. Et avec l’accession de Michelle Bachelet à la présidence du Chili, Lourdes Flores veut profiter de cet élan pour être la première femme péruvienne à accéder à la maison de Pizarro.


Le plan de gouvernement de Lourdes.

Les réformes.

Lourdes Flores veut un Etat au service du peuple. L’Etat actuelle ne résout pas les problèmes fondamentaux et de ce fait, il est à l’origine d’un gaspillage considérable. Les manques d’infrastructures et les lourdeurs administratives sont de véritables problèmes pour le pays.

Elle veut aussi réformer l’administration judiciaire. Avec un nouveau rôle pour la Cours Suprême, un renforcement des cours supérieurs et de justice de paix afin d’accéléré la durée beaucoup trop longue des jugements. Aussi, elle désire changer certains articles de la constitution péruvienne par référendum.

La santé et l’éducation

La santé.

Le service hospitalier est en péril. Les queues des patients pour se faire soigner sont interminables, le manque de suivi médical est systématique. Lourdes propose alors de repenser complètement le système hospitalier.

En plus de cela, dix millions de péruviens n’ont pas accès aux assurances de santé trop coûteuses, et par conséquent, ne peuvent accéder aux services de santé pour se soigner. Son engagement est qu’à la fin de son gouvernement, 100% de la population péruvienne devra avoir accès aux services de santé grâce aux assurances maladies.

L’éducation

« La nouvelle école péruvienne », doit forger les connaissances et les valeurs de nos enfants et de nos adolescents. L’école doit mieux préparer au travail et doit être au cœur de l’intégration sociale.

Il faut investir pour de nouvelles infrastructures plus modernes. Et dans son organisation, il faut donner plus de pouvoirs aux directeurs d’écoles, mieux former les enseignants, les évaluer et mieux les rémunérer en fonction de leurs mérites et de leurs réalisations.

Politique économique et productive

Pour se développer et créer l’emploie Lourdes Flores veut donner la priorité à trois pôles fondamentaux : l'exportation, l'investissement privé et l’investissement public. Lourdes Flores assume le défi de :

- Doubler le volume des exportations.

- Promouvoir l'investissement requis pour développer les infrastructures.

- Développer les petites et moyennes entreprises qui sont selon elle des leviers fondamentaux à la création d’emploie.

- Et enfin, promouvoir le développement technologique.

Sécurité Interne :

Lourdes Flores promet que sous son gouvernement, il y aura une amélioration substantielle de l'administration et des services de commissariats.

Pour toutes infractions, il y aura une sanction, un jugement et une peine. Lourdes Flores changera l'actuel système légal et particulièrement tout ce qui touche aux sanctions pénales. Il s'agit selon elle : « de récupérer la rigidité de la loi et l'accomplissement inexorable et implacable de ses peines ».

Lourdes Flores et ses embûches.

La droite face à la pauvreté.

- Si Lourdes Flores est perçue comme une candidate honnête elle est aussi perçue comme la candidate des riches (à Lima, qui est aussi la capitale économique on vote pour elle). Et, dans un pays où plus de la moitié des personnes se trouvent en dessous du seuil de pauvreté, la population se tourne plus naturellement vers la gauche qui propose plus de mesures sociales que la droite. Il est donc très difficile à la droite de se faire entendre, de convaincre et c’est d’ailleurs étonnant qu’elle fasse un aussi bon score dans les sondages. Surtout, que l’on reproche à Lourdes Flores en tant que Congressiste de ne jamais s’être battue pour des mesures sociales.

Lourdes et sa campagne.

- Certains analystes la critiqueront pour avoir suivi la même stratégie de campagne (campagne de 2002), d'Álvaro Uribe Vélez (le président actuel de la Colombie). A l’époque son slogan était « Main ferme, grand cœur ». Il est vrai que ce slogan est assez proche de celui de Lourdes Flores « Le Pérou entre de mains fermes ».

- Plus grave, à la fin 2005, c’est un coût dur pour Lourdes Flores et sa coalition « Unidad Nacional ». On révèle que « Cambio Radical » (changement Radical), l’un des partis de la coalition a fraudé en fabriquant de fausses signature. Pour arrêter l’hémorragie, Jose Barba Caballero Congressiste et chef de « Cambio Radical » se retire et retire son parti de « Unidad Nacional ». Imaginez, un Congressiste proche de Lourdes Flores accusé de fraude à la fausse signature, ça fait plutôt mauvais genre.

- Fin 2005 toujours, le 19 décembre plus précisément, Lourdes Flores annonce les noms de ses deux vices présidents. Arturo Woodman comme le 1er vice-président et Luis Enrique Carpio pour le second. Le choix d’Arturo Woodman est très critiqué. Arturo Woodma issue d’une famille anglaise est le directeur de nombreuses entreprises au Pérou notamment du Groupe Romarin, l’un des groupes les plus influent du pays. Dans une affaire liée au Groupe Romarin, Arturo Woodman est actuellement accusé de concurrence déloyale et de fraude fiscale. Et en tant que patron de plusieurs entreprises, il pourrait y avoir un conflit d’interêt.

- On reprochera enfin à Lourdes Flores d’avoir collaboré et de collaborer encore avec les fujimoristes.

Lourdes et les valeurs de la femme.

- Elle se fera aussi attaquer en tant que femme. Célibataire et sans enfant elle ne correspond pas à l'image de la mère de famille modèle et de l’épouse parfaite, qui sont des valeurs très encrées dans la société catholique et conservatrice péruvienne. Les comiques se moqueront d’elle et de ces deux vices président en les appelant le club des célibataires.

Lourdes accusée d’être raciste. (L’accusation qui lui fera sans doute le plus défaut).

- Son Père, César Flores avait critiqué Toledo de « aunquénido de Harvard » (aunquénido est un animal des Andes) lors d’un programme télévisé en 2001. Cette critique gratuite considérée comme raciste a eu un effet dévastateur pour Lourdes Flores. Les péruviens disent même, que c’est à cause de cette phrase que Lourdes Flores aurait perdue les élections à cette époque.

- Comme nous l’avons déjà vu dans le précédemment paragraphe, elle est aussi sévèrement critiquée pour avoir donné aux équatoriens un territoire d’un Km2, don symbolique pour négocier la paix entre les deux pays. On l’appelle là-bas péjorativement « Miss Tiwinza ». On l’accuse d’avoir collaborer avec l’ennemie, d’avoir sacrifié la vie de soldats pour rien, et d’avoir sacrifier cette partie de territoire. Autant vous dire qu’elle est détestée dans cette partie du Pérou et qu’elle n’est pas très aimée des militaires. Là-bas, les gens disent que si Lourdes devenait présidente, elle donnerait Machu Pichhu aux Chiliens.

- Et enfin, lors de ces différents déplacements dans le pays elle n’est pas toujours été bien accueillie. Dans certaines villes, la population l’insulte, lui lance des fruits à la figure et Lourdes Flores se voit parfois obligé d’annuler ses meetings. A Quillabamba, dans la région de Cuzco, elle lance spontanément un bras d’honneur à des jeunes qui l’insultent. Mais, elle ne réalisait malheureusement pas qu’à ce moment là qu’elle était filmée. Ce geste déplacée sera utilisée contre elle en long et en travers pour la discréditer encore plus et la renforcer dans son image raciste face à la population pauvre.

Pour en finir sur Lourdes Flores.

Lourdes Flores à déjà un long passé politique derrière elle, courageuse pour avoir dénoncée le gouvernement de Fujimori elle est sans aucun doute la candidate idéale pour représenter la droite. Mais voilà, avec la majorité de la population en dessous du seuil de pauvreté la droite n’est peut être pas la bien venue. Mais je ne crois pas, car beaucoup de péruviens ne font pas la distinction entre la gauche et la droite. Un pays machistes avec une femme comme présidente ? Ça sera dur certes, mais pas impossible, regardez au Chili. Lourdes se fait pilonner, se fait critiquer sur ses proches choisies dans son gouvernement, sur sa stratégie de campagne, sur un Km2 de terrain donné pour obtenir la paix, sur le fait qu’elle ne soit pas marié et sur un bras d’honneur maladroitement donné alors qu’elle se faisait insulter. Ce sont ce type de petites critiques qui la discrédite complètement pour une partie des péruviens. C’est du sensationnel, presque de la télé réalité « regardez au ralenti ce bras d’honneur ». Nous somme d’accords pour dire que personne n’est parfait ? C’était juste pour vous que l’un des désavantages d’être un politicien (ou une politicienne) c’est que vos adversaires mettent tout en œuvre pour révéler aux plus grands nombres vos erreurs et vos imperfections. Et certain on l’art de les dénicher, de les transformer à leurs avantages et de les communiquer. En mettant de coté votre penchant politique, si vous étiez péruvien voteriez vous pour un ex-militaire accusé de torture et n’ayant pas de passé politique et de programme politique, ou voteriez vous pour un homme qui a été à la tête du gouvernement responsable de la plus grave catastrophe économique du pays, ou enfin voteriez vous pour une femme, ayant un passé politique courageux et presque sans incident mais qui est célibataire et qui a fait un doigt d’honneur parce qu’elle se faisait insulter ? On n’est très loin du débat politique et le choix à faire, n’est rien d’autre une question de bon sens ; mais ça, ce n’est rien d’autre que mon avis personnel.

Jérôme DENNI

25 avril 2006

Alan Garcia, le retour ?

Alan_garcia Alan García.
Les péruviens connaissent bien Alan Gabriel Ludwig García Pérez car il a été le Président du Pérou de 1985 à 1990 âgé seulement de 36 ans. Connu aussi sous le surnom de "Caballo loco" (Cheval fou) au Pérou, c'est une figure éminente du Partido Aprista Peruano, émanation du mouvement politique latino-américain APRA. Ayant donc un passé politique, que retenir d’Alan Garcia comme président ? Une catastrophe économique sans précédant au Pérou. Alors comment se fait-il qu’il arrive en deuxième position dans la course présidentielle parmi les 24 candidats qui se sont présentés ?

Le bilan de sa présidence (de 1985 à 1990).

Des difficultés économiques :
La politique économique de García applique un contrôle drastique du taux de change et l’associe à une surémission de la monnaie. La monnaie péruvienne, le sol, dévaluée est remplacée par l’Inti (milieu 1985 un Inti était égale à 1000 soles).
Le gouvernement péruvien rejette les préconisations du FMI (Fonds Monétaire International) et limite le remboursement de la dette extérieure à 10% des revenus d’exportations du pays. Cette décision retarde le remboursement de cette dette et à pour conséquence pour le Pérou d’être déclaré inéligible par le FMI en août 1986.
Dans un premier temps, la hausse des bas salaires, la baisse du taux d’inflation et la forte croissance de l’économie satisfait la population et l’APRA gagne haut la main les élections municipales en novembre.
Mais en 1987, les ressources de l’Etat sont épuisées. Le gouvernement annonce donc la nationalisation des secteurs de la banque et de l’assurance afin de garder sous contrôle l’inflation, mais cette tentative s’enlise suite à la saisie des tribunaux par les actionnaires dépossédés.
Le pays entre en récession en 1988 malgré les tentatives de stabilisation du gouvernement. Le Pérou souffre d’une inflation de 120 % en 1987, 1722 % en 1988, 2776% en 1989, et qui atteint 7649% en 1990. Entre juillet 1985 et juillet 1990, l’inflation cumulée atteint donc tous les records et à la fin du mandat de Garcia les réserves de l’Etat sont négatives de 900 millions de dollars.
Selon une étude de l’INEI 41.6% des péruviens étaient en dessous du seuil de pauvreté au début du mandat de Garcia contre plus de 55 % en 1990 (à fin de son mandat).

Le terrorisme.
L’autre problème qui déstabilise le gouvernement de García est l’activité terroriste qui a débuté sous le gouvernement précédent de Fernando Belaúnde Terry et qui connaît son paroxysme de violence entre 1986 et 1988, nourrie par les tensions sociales engendrées par les difficultés économiques.
Le Sentier Lumineux, un mouvement violent d’inspiration maoïste, a commencé par attaquer des usines électriques, provoquant de nombreuses coupures d’électricité à Lima. Le gouvernement García cherche sans succès des solutions militaires au terrorisme, solutions qui engendreront de nombreuses bavures et une accusation de Garcia pour violations des droits de l’homme. On peut citer le massacre d’Accomarca en août 1985 où 47 paysans sont assassinés par l’armée péruvienne, le massacre de Cayara en mai 1988 dans lequel 30 personnes environ seront tuées et des dizaines d’autres auront disparus. Il y également l’exécution sommaire de plus de 200 détenus lors de mutineries dans les prisons de Lurigancho, San Juan Bautista, (El Frontón) et Santa Bárbara en 1986 à Lima, au même moment ou se tenait un congrès de l’Internationale Socialiste dans la capitale péruvienne. Le président Garcia avait donné l’ordre d’attaquer mais n’en assumera jamais les conséquences funestes.
Enfin, une enquête officielle estime que 1600 personnes ont disparues pendant la présidence de García.

Comment le pays a perçue cette crise ?
Traumatisé par la montée de la violence du terrorisme, fatigué des querelles et des contradictions internes de l’APRA, irrité par les incohérences du gouvernement, voilà l’état d’âme du Pérou pendant les années Garcia.
«Démissionnez, monsieur le président!», Tout l'éventail politique à l'exception de l'APRA a demandé la démission d’Alan Garcia. Les économistes, eux aussi, se joignent à cette demande en constatant l’hyperinflation conjuguée à une récession sans précédant. Enfin, mêmes les péruviens dans la rue réclament la démission du président dont son indice de popularité a baissé de 75 points en trois ans.
Avec un taux d’inflation qui dépasse tous les records, des prix multipliés par 10, par 20 une pénurie de plus en plus présente, la spéculation, le développement du marché noir, du marché parallèle, l’augmentation de la corruption administrative et policière, le Pérou vit un véritable cauchemar, une des pires années de son histoire !
Malgré cette constatation, Alan Garcia reste optimiste et affirme que son plan d’austérité donne des résultats positifs. L’opposition bondit de rage et Sylva Ruete, ancien ministre, illustre sénateur élu en 1985 sur une liste Aprista répond «Si le gouvernement ne présente pas tout de suite un programme cohérent, le pays va au-devant du plus grand désastre de son histoire. Tous les clignotants sont au rouge. Les réserves de la Banque centrale sont à moins 300 millions de dollars. L'Etat n'a plus de devises pour importer du lait, du blé, du mais, du sucre ».
Cette crise économique a engendré logiquement une situation sociale très inquiétante. Les tentatives de pillages sont de plus en plus fréquentes, les cortèges de femmes et d'enfants partant démunis vers Lima sont de plus en plus nombreux, voulant tout simplement rejoindre la capitale pour essayer de trouver du travail et de quoi se nourrir. Les agriculteurs barrent les routes, des bandits attaquent les cars de voyageurs et à Lima des mendiants font du porte-à-porte. L’insécurité est partout et dans ce contexte, des rumeurs de coup d’Etat militaire se multiplient.
Mais malgré cette situation catastrophique, le président ne démissionnera pas !

L’APRA. http://www.apra.org.pe/180pxvictor_raul_haya_de_la_torre_1 Après avoir peint le tableau noir des années Garcia, il nous faut parler de l’APRA (Alianza Popular Revolucionaria Americana) (mouvement et parti politique péruvien fondé par Víctor Raúl Haya de la Torre en mai 1921) parti, qui ne peut pas être dissocié de l’homme. Les Cinq piliers fondamentaux de l’APRA de l’époque étaient :
• L’unité politique de l’Amérique latine.
• La nationalisation des terres et des grandes entreprises.
• L’internationalisation du canal de Panama.
• Se battre contre l’impérialisme des Etats-Unis.
• Etre solidaire de tous les peuples et toutes les classes opprimés dans le monde.
La doctrine Aprista revendique la Souveraineté Nationale et a pour objectif d’établir la Justice Sociale pour éviter les inégalités entre les riches et les pauvres. La doctrine Aprista affirme que sans liberté, sans démocratie et sans justice le progrès n’est pas possible et de se faite, elle rejette les dictatures politiques et économiques. L’APRA revendique aussi le rôle de l'État comme arbitre ; l’Etat doit être le régulateur entre le capital et le travail, entre les entreprises de services et les consommateurs et enfin entre la production nationale et l'économie mondiale. Enfin, la doctrine Aprista affirme qu'aucun pays d’Amérique latine ne pourra donner une solution unique et universelle au problème du développement économique et de la justice sans l'Intégration de tous les Peuples d’Amérique du Sud. L’APRA veut transformer la structure de l’Etat par la décentralisation. L’APRA se dit un parti de concertation et revendique la création d’un Congrès Economique National qui réunirait autour d’une même table l’Etat, le capital et la force de travail afin de répondre de manière technique et scientifique aux problèmes de l'investissement, de l'emploi et de l'utilisation des ressources pour le développement.
La doctrine Aprista ne rejette pas primitivement le capital étranger mais ne l’accepte pas non plus sous n’importe quelle condition. Cet équilibre doit être régulée par l’Etat. La doctrine est consciente qu’aucun pays sous-développé ne pourrait sortir de son retard sans l'aide économique et technologique des pays les plus avancés.
Pour l'APRA, l’accès à l’éducation doit être gratuite afin d’atteindre une conscience historique.
Enfin, ce qui est important pour la doctrine Aprista est de savoir s’adapter aux «changements économiques et sociaux du monde et de donner des réponses adéquates » (Víctor Raúl Haya de la Torre ). Aujourd'hui l’APRA est conscient qu’il faut s’intégrer dans une croissance économique mondiale, qu’il faut suivre les extraordinaires avancées de la technologie de l'information et des communications, mais qu’il faut à tout pris réguler les effets négatifs de cette mondialisation par l’Etat.
Internationale socialiste, l’APRA se positionne aujourd'hui dans une tendance politique social-démocrate. L’hymne du parti est la Marseillaise avec ses propres paroles en espagnol : la « Marsellesa Aprista »

Le plan de gouvernement Aprista d’Alan Garcia aujourd’hui.
Alan Garcia propose alors :
- De restituer à l’Etat un rôle actif dans l’économie et le social.
- De créer une Banque agricole «banco agrario», une institution qui aurait pour but de donner des crédits avantageux aux agriculteurs, ce qui augmenterait la production interne agricole et donc logiquement, en diminuerait les importations.
- Comme pour l’agriculture, une intervention de l’Etat au niveau de l’industrie, en régulant des importations excessives et nuisibles pour le pays et en appliquant entre autre, un système de quotas.
- Une plus grande justice sociale, à commence par défendre les droits du travail et restaurer la journée de 08h.
- Une décentralisation régionale et un renforcement des communes. Puis créer un programme municipal d’insertion pour les chômeurs (une sorte d’ANPE).
- D’augmenter le pouvoir d’achats des ménages en réduisant le prix de l’électricité et du téléphone, en baissant le coût des crédits bancaires, en augmentant les salaires.
- Enfin, de baisser le coût des médicaments et d’instaurer un système de retraite performant.
Voilà les grandes lignes de son plan de gouvernement. Mais certain n’ont pas oublié son passé politique catastrophique pour le pays.

Alan Garcia, plus jamais !
Après une présidence (entre 1985 et 1990) plus que controversée donc, on est en droit de se demander comment Alan Garcia peut oser se représenter et surtout, comment peut-il arriver second ou troisième parmi une liste de 24 candidats.
Un site, s’intitulant « Alan Nunca Más » (Alan plus jamais) récapitule tout ce qu’on peut reprocher à Alan Garcia afin de dissuader les péruviens de voter pour lui. En voici les grandes lignes :

Récapitulatifs de quelques faits.
- Les prix ont été multipliés par 22.
- Le PIB par habitant a chuté de 20 % pour retomber au même niveau que le PIB de 1960.
- Le déficit fiscal est arrivé à 8,7 % du PIB
- La pauvreté a été multipliée par 3 passant de 16 % à 45 %.
- Les salaires ont chuté de moitié.
- Les sous-emploie sont passés de 42 % à 73 % des actifs.
- La production agricole a chuté de 13 %.
- L’importation de produits agricoles a augmenté de 48 %.
- Les exportations ont chuté de 16 %.
- La dette extérieure est passée de 13 millions de dollars à 20 millions.
- Le Pérou s'est retrouvé inéligible par le FMI, et donc s’est retrouvé dans l’incapacité de recevoir des crédits à l’international.
- Le Pérou n’a reçu que 0.5% du total des flux d'investissement étranger en Amérique latine.
- Les entreprises publiques non financières ont perdu plus 1700 millions de dollars (Ecasa, Enci et Pescaperú ont perdu dans l'ensemble 622 millions de dollars mais ont augmenté leurs nombres d'employés de 242%).
- etc.

Un appartement de plus d’un million de dollars à Paris.
Alors même qu’Alan Garcia est soupçonné de s’être enrichit illicitement, on apprend qu’il possède un appartement de plus d’un million de dollars dans un des quartiers les plus luxueux de Paris. Le scandale éclate, surtout qu’à plusieurs reprises Alan Garcia avait affirmé ne posséder aucun bien immobilier à l’étranger.

Et enfin …
Alan Garcia est aussi accusé par certains de corruption, de violation des droits de l’homme, de barbarie et de tuerie (lutte contre le terrorisme). Il a été jugé, mais par des juges Aprista des juges corrompus (dit le site). Alan Garcia doit se reprocher d’avoir ruiner son pays, d’avoir laissé une crise sociale sans précédant, d’avoir mentis, de s’être enrichit illicitement, d’être responsable d’actes allant à l’encontre des droits de l’homme (http://www.elcomercioperu.com.pe/EdicionImpresa/Html/2005-02-18/impPolitica0261337.html). Voilà le portrait de l’homme dépeint par le site «Nunca Más ».

Alan Garcia au second tour ?

Alan1

A l’heure ou je vous écris, Alan Garcia est devant Lourdes Flores, au coude à coude, il a donc encore toutes ces chances de disputer le second tour et de devenir pour la seconde fois président du Pérou. Après tout ce que vous venez de lire, vous êtes sûrement entrain de vous dire que ce n’est pas possible….qu’ils sont fous ces péruviens ! Là je l’avoue, je suis dans l’impasse… car les arguments, les éléments qui expliqueraient pourquoi Alan Garcia se retrouverait au second tour face Ollanta Humala sont disproportionnés par rapport à son terrible échec politique dans le passé. Mais essayons quand même !
- Alan Garcia est revenue en affirmant que son exil en France l’avait fait changer, il dit avoir mûrit, d’avoir tiré les leçons de son échec et qu’aujourd’hui il ne commettrait pas les même erreurs. Alors, bien qu’il propose grosso-modo le même programme qu’en 1985, environ 25 % des péruviens ont été convaincu. Le tour semble être joué !
- Puis, il est important de signaler que le parti politique Aprista et l’un des plus vieux partis politiques au Pérou (créé en mai 1921), le mieux organisé et le plus développer (en effet, les cellules Aprista sont réparties un peu partout au Pérou). L’APRA au top du marketing politique combiné au talent d’orateur d’Alan Garcia fait des miracles et pour preuve. Exemple : l’APRA a réalisé un spot publicitaire animé ou l’on peut voir sur les chaînes locales du Pérou, des personnages en forme de petites étoiles (symboles du parti Aprista) danser sur un aire de reggaeton à la gloire d’Alan Garcia. Le reggaeton (mélange de raga, rap et de musique latino) est incontestablement la musique branchée, la musique des jeunes, la musique à la mode au Pérou et l’APRA s’en est justement servit pour rajeunir et donner du tonus à son image et ça a marché ; Alan Garcia après ce spot avait effectivement remonté dans les sondages.

Pour conclure sur Alan Garcia.
Alan Garcia a marqué les péruviens pour avoir fait plongé le pays dans une crise économique, institutionnelle et sociale sans précédant. A la fin de son mandat, il avait d’ailleurs promis à la presse de ne jamais revenir. Homme de gauche, fervent combattant de l’injustice sociale, il a pu tirer les conclusions de ses échecs dans son petit appartement parisien bourgeois de plus d’un million de dollars. Il revient alors et en un coup de baguette magique, presque ¼ de la population vote pour lui. Il dit avoir changé, mûri, compris ses erreurs mais son programme politique lui, n’a pas changé. A lima, les gens reçoivent en générale une bonne éducation, ce qui est loin d’être le cas dans tout le pays. Et en effet, c’est à Lima, qu’Alan García n’obtient que15 % des voix contre plus de 30 % par exemple pour Lourdes Flores. Sans éducation, les gens sont plus influençables. Alors, ce manque d’éducation expliquerait Garcia, Humala ? Je ne sais pas ! Garcia et Humala représentent les pauvres au Pérou. Dans tous les cas, avec Ollanta Humala le militaire, Alan García l’ex-présidant qui a mener son pays à la faillite, lui-même au coude à coude avec Lourdes Flores, le Pérou montre de toute évidence une disparité profonde des idées politiques et une crise de l’ensemble de la classe politique.

Jérôme DENNI

Ollanta Humala en tête, analyse ....

Ollanta_humala_1

Ollanta Humala et son passé.
Ollanta Humala n’a aucun passé politique contrairement à Alan Garcia ou Lourdes Flores. Ancien lieutenant-colonel, son passé dans l’armée est plus qu’obscure. Il a été reconnu par plusieurs témoins comme étant l’ex-capitaine « Carlos » qui serait à ce titre responsable de violences, de tortures et d’enlèvements au Pérou entre 1992 et 1993. C’est seulement plus de 10 ans après les faits et en pleine campagne électorale (campagne électoral de 2006), que des plaintes seront déposées contre lui. Pourquoi ces accusations n’arrivent-elles que maintenant en pleine course présidentielle ? Lui-même répondra que ce n’est qu’une manœuvre politique visant à le discréditer. Quant aux victimes, elles diront l’avoir reconnue par le biais de sa médiatisation politique (presse et télévision) comme étant le capitaine « Carlos ». Mais aujourd’hui encore, personne n’a pu réellement prouver la véracité de ces accusations.
Ollanta20humala201 Cependant ça ne s’arrête pas là ! En octobre 2000, Ollanta Humala a été à la tête d’une rébellion pushiste contre le Président de l’époque Alberto Fujimori. L’armée envoie alors une centaine de soldats pour capturer les rebelles et leur chef Humala. Mais celui-ci ne se fait pas capturer et parvient à se cacher. Après Fujimori, Ollanta Humala est pardonné par le Congrès et retrouve ses droits militaires. Il est envoyé à Paris comme attaché de l’armée péruvienne et profite de la situation pour étudier le droit international à la Sorbonne. C’est après qu’il dérapera, lorsqu’il sera envoyé en Corée du Sud. En effet, on le forcera à démissionner de l’armée pour avoir motivé une rébellion ethnocacériste (en référence au général Andrés Avelino Caceres, ancien président du Pérou et héros de la guerre perdue en 1883 contre le Chili.) menée par son frère Antauro Humala à Andahualayas en janvier 2005 qui coûtera la vie à quatre policiers.


Sa famille.

Si son passé obscur fait parler de lui, il en va de même concernant sa famille.
Son frère, Antauro Humala est aujourd’hui en prison pour avoir mené l’attaque et la prise d’otages dont on vient de parler au nom de l’ethnocacériste (janvier 2005) qui coûtera la vie à 8 personnes dont quatre policiers. Celui-ci, demandait la démission du président actuelle Alejandro Toledo. D’ailleurs Antauro a déclaré publiquement qu’il faudrait le fusiller. En octobre 2003, le mensuel Ideele édité par l’ONG péruvienne Instituto de Defensa Legal posa cette question à Antauro Humala :
[Idee] «Quelle vision avez-vous du Pérou ? »
[Antauro Humala] « Cela ressemble à l’Afrique du Sud avant Mandela. C’est l’apartheid. La majorité de la population est cuivrée (c’est à dire les incas les indiens), mais économiquement, elle est minoritaire. Nous, nous allons rectifier cela ! ».
L’ethnocacériste (ou ethno-nationalisme) a été fondé par le Père Isaac Humala, avocat d’affaires. L’ethnocacériste est une idéologie qui vise à défendre la primauté de la race indienne et de créer sa propre patrie indigène. Cette patrie comprendrait des territoires situés au Pérou en Bolivie, en Equateur au Chili, et dans une partie de l’Argentine, soit l’ancien empire Incas. Il y a trois ans, Isaac Humala (donc le père d’Ollanta Humala) déclara « L'espèce humaine» est divisée «par nature, en quatre races ou ethnies : noire, blanche, jaune et cuivrée». Ollanta Humala défendra cette idéologie de manière beaucoup plus modérée que son frère Antauro et que son père Isaac (ces deux derniers, partisans d’une méthode révolutionnaire pour la conquête du pouvoir et des territoires de la patrie Indienne). C’est la raison pour laquelle Ollanta Humala créera le Parti Nationaliste Péruvien (PNP), partie que répudiera publiquement son père. Aussi, son père provoquera un scandale en déclarant à la presse vouloir libérer les chefs terroristes Victor Polay (MRTA) et le triste célèbre Abimel Guzman (du sentier lumineux). Mais Ollanta Humala s’opposera clairement et publiquement à son père concernant cette déclaration.
La dernière polémique en date vient de la mère d’Ollanta Humala, Elena Tasso d'origine italienne, qui a déclaré vouloir fusiller tous les homosexuelles et les violeurs pour rétablir un ordre moral au Pérou.
Même si Ollanta Humala s’éloigne publiquement de sa famille, certains pensent qu’il ne s’agit que d’une mise en scène. Si Ollanta est élue, il pourrait mettre facilement les membres de sa famille aux positions clés de son gouvernement.

Ses idées.
En effet, pour son image, Ollanta Humala essaye de prendre des distances par rapport à sa famille et aux aspects extrêmes de l’ethnocacériste. Ultranationaliste, anti-impérialiste à la rhétorique militaire, il se dit « ni de droite, ni de gauche mais d’en bas ». Humala enflamme les foules mais concernant ses propositions pour son gouvernement, elles sont pratiquement inexistantes. Il revendique l’origine des incas, il est contre les Etats-Unis et il veut légaliser l’exploitation de la feuille de Coca. Enfin, l’une des seules promesses qu’il est fait est d’expulser les intérêts Chilien du Pérou.
Ollanta_humala Concernant son nationalisme, il est « contre la globalisation qui va à l’encontre des intérêts nationaux ». Il promet de ne pas expulser les multinationales du Pays, mais veut que le Pérou administre en tant que pays souverain ses propres ressources. Il veut changer la constitution du Pérou pour deux raisons. La première est que cette constitution est néolibérale car l’Etat ne peut pas intervenir dans l’économie du pays, et aussi par ce que les entreprises étrangères bénéficient des mêmes conditions que les entreprises péruviennes. La deuxième raison invoquée, est que cette constitution est illégale car elle a été rédigée suite à un coup d’Etat ; celui du dictateur Fujimori.
En tant que nationaliste, il revendique son origine Indienne, plus précisément son origine Incas. Il veut reconstituer l’empire du soleil, non au sens littéral du terme mais créer un seul Etat national andino-americain en accord avec les pays voisins. Le Pérou, la Bolivie, l’Equateur, une partie du Chili et de l’argentine faisait partie de l’empire Incas, du tahuantinsuyo (royaume des quatre nations) ; en plus d’avoir la même langue, ces pays ont les mêmes origines et donc la même culture…
Ollanta Humala est anti-impérialiste et anti-américain même s’il admet qu’il faut commercer avec l’Amérique du Nord car elle est la première puissance économique mondiale.
Et enfin, l’exploitation de la feuille de Coca est l’un des sujets les plus abordés dans ses meetings car il touche un grand nombre de paysans. Le Pérou, produit 60 000 hectares de feuilles de Coca pour une consommation nationale de 10 000 hectares. Il faudrait donc éradiquer 50 000 hectares aux détriments des paysans. La feuille de Coca posséderait 14 propriétés, dont une est utilisée illégalement pour produire de la cocaïne. Ollanta Humala propose de trouver un marché qui exploiterait les 13 autres propriétés (qui elles, sont légales) de cette feuille.
Pour soutenir toutes ses idées, Ollanta Humala bénéficie d’un fort soutient de certains pays voisins, notamment et principalement du soutien du président charismatique du Venezuela, Hugo Chavez.

Mais ses idées ne sont pas aux goûts de tous.
Ollanta Humala à la tête des intentions de vote inquiète et pour preuve ; dès l’annonce des résultats du premier tour, la bourse de Lima a chuté de 04 %. La perception du Pérou par les marchés financiers «dépend désormais plus des sondages que des fondamentaux économiques», (Goldman Sachs de la banque d'affaires américaines). En effet, déjà en décembre, quand Humala avait augmenté significativement pour la première fois dans les sondages, la bourse avait chutée de 6,56 %, incitant diverses banques d'affaires internationales à recommander aux investisseurs de diminuer leurs possessions d’actifs dans les compagnies péruviennes.
Aussi, si Ollanta Humala venait à être élue, les Etats-Unis perdraient encore un peu plus d’influence en Amérique Latine. Et pour preuve, le dernier Sommet des Amériques en Argentine pour discuter de l’ALCA (Accord de libre Commerce pour les Amériques) a été un véritable échec pour George Bush. Ollanta Humala critique ouvertement les Etats-Unis. D’ailleurs le mercredi 12 avril 2006 après la signature du Traité du Libre Commerce (TLC) par le président Toledo avec les Etats-Unis, Ollanta Humala a promis de le réviser si il était élue président de la république. Certains analystes affirment que la Maison Blanche ne serait toléré le triomphe d’un homme comme Ollanta Humala qui favoriserait un axe andin et anti-américain. Car en effet, l’Amérique Latine se tournerait un peu plus vers la gauche si Ollanta était élue. Déjà en Equateur avec Lucio Gutiérrez même si ce dernier s’est tourné dès sa prise de fonction en faveur des Etats-Unis. Ensuite au Venezuela avec Hugo Chavez (l’idole des frères Humala) qui est le principal problème actuelle de George Bush en Amérique du sud, mais encore en Bolivie avec Evo Morales, en Argentine avec Néstor Carlos Kirchner et enfin au Brésil avec Luiz Inácio da Silva.
Enfin, les intellectuelles s’en mêlent aussi. Mario Vargas Llosa (écrivain péruvien mondialement reconnue) a appelé à ne pas voter pour le candidat nationaliste Ollanta Humala qui propose de « revenir à l’autoritarisme, aux manques de liberté et d’égalité ».

Pourquoi 30 % des péruviens votent-ils alors Ollanta Humala ?
Ici au Pérou, on entend souvent dire que les péruviens sont fiers de voter avec leur cœur et ceux qui votent avec leur cœur, votent généralement pour Ollanta Humala. Mais je vous l’accorde, il existe des raisons moins fantaisistes et plus socio-économiques.
Tout d’abord, statistiquement, plus le niveau socio-économique est faible, plus les personnes voteront pour Ollanta Humala (07 % des personnes de la classe économique la plus haute vote pour lui contre 38 % des personnes appartenant à la classe économique la plus pauvre). Et, si on considère que 51,6% de la population péruvienne vivent en dessous du seuil de pauvreté, on comprend mieux alors pourquoi Ollanta Humala est à la tête des intentions de vote au premier tour.
Aussi, une des raisons importantes pour laquelle les péruviens votent Ollanta Humala est la tension qu’il existe entre le Pérou et Chili. La plupart des péruviens détestent ouvertement les chiliens pour au moins deux raisons. Ils ont perdu la guerre dite du pacifique de 1879 à 1884 contre le Chili qui a eu pour conséquence la perte de territoires péruviens aujourd’hui encore, aux mains des chiliens. Et, la deuxième raison importante, est que Chili est un pays bien plus développé socio-économiquement que le Pérou. En plus, les intérêts chiliens et les entreprises chiliennes sont partout au Pérou. Le Pérou est jaloux de la réussite économique du Chili et ceux qui votent pour Ollanta Humala veulent le même homme fort que les chiliens (un militaire donc), en référence au dictateur Pinochet qui amènerait le Pérou au même niveau socio-économique que le Chili.
Ensuite, les faits ; le Pérou affiche une bonne croissance économique d’environ 06 % et un PIB qui a augmenté de 09 % fin 2005. La situation économique n’a jamais été aussi bonne au Pérou. Mais le problème, c’est que la population pauvre (plus de 50 % de la population totale) ne profite pas de cette création de richesse. Ollanta Humala le fait remarquer, la classe politique ne répartit pas les richesses, et si les gens ont confiance en lui c’est parce que justement, il ne fait pas partie de cette classe politique, c’est un homme nouveau qui comprend le peuple.
Le gouvernement de Toledo, a été un gouvernement mettant tout en œuvre pour attirer les investisseurs. Ollanta Humala a raison de faire remarquer que de grosses entreprises étrangères se sont installées exploitants les ressources du pays, sans payer d’impôts et sans en faire profiter la population. Par exemple à Cajamarca, l’une des régions les plus pauvres du Pérou, des entreprises internationales exploitent le plus gros gisement d’or d’Amérique Latine et la population à coté de cela vis dans la misère.
Enfin, il faut signaler que le Pérou est en pleine crise politique et institutionnelle en générale, une crise de la gauche et un ras le bol du néolibéralisme. Les péruviens n’ont pas confiance en leur gouvernement et en leurs politiciens « tous corrompus ». Toledo, le président actuel n’a qu’une cote de popularité de 07 % (malgré les excellents résultats économiques de son gouvernement) et aucun membre de son parti ne s’est présenté pour l’élection présidentielle de 2006 ; c’est pour dire !

Ollanta27nov

Pour conclure sur Ollanta Humala.
Ultranationaliste, ethnocacériste (idées basées sur la race), ayant un passé militaire obscur, personnage n’ayant pas de grands respects des valeurs démocratiques (push intenté contre Fujimori), une famille aux idées extrémistes dont un frère en prison, aucun passé politique et donc aucune référence sur laquelle se baser ; voilà le portrait de l’homme en tête des intentions de vote au premier tour des élections au Pérou. Une grande disparité dans la population, d’un coté les riches (minoritaires) qui gouvernent et de l’autre les pauvres mis de coté, sans avoir véritablement de classes moyennes entre les deux. Une lassitude de la classe politique traditionnelle, la corruption, les promesses non tenues des politiciens….Mais Ollanta Humala n’est pas un politicien, il n’est pas comme eux, lui il est différent (se disent les péruviens) ! Il représente l’homme du peuple, l’homme d’en bas qui est à leur écoute. Mais si Humala est en tête au premier tour il devra convaincre encore une grande partie de la population, ce qui sera difficile. Car en effet, soit on est pour Ollanta Humala, soit on est anti-Humala ; pas de juste milieu ! Même s’il a raison de critiquer l’excès du système néo-libéralisme de Toledo, on espère (s’il est élue président du Pérou) qu'il n’ira pas dans l’excès inverse. Dans tous les cas, il est encore à ce jour le seul à être assuré au deuxième tour, car on ne sait toujours pas qui sera son adversaire et cela plus d’une semaine après la fermeture des urnes.

Jérôme DENNI

10 avril 2006

Premières estimations : Ollanta Humalla en tête, Lourdes et Alan à égalité.

Evolution des intentions de vote des candidats dans les sondages (de décembre 2005 à avril 2006).

Sondage_1

.

.

.

.

Les premières estimations à la sortie des urnes, communiquées ce dimanche 09 avril 2006 à 14h :

%

Apoyo

Datum

Pop

CPI

Ollanta Humala

29,6

29,2

30

30,1

Alan García

24,5

24,4

25

24

Lourdes Flores

24,2

24,1

25

25,8

Martha Chávez

6,9

5,8

6

Valentín Paniagua

6,5

7,4

8

Humberto Lay

4,1

-

-

Natale Amprimo

0,8

-

-

Autres

3,4

-

-

Apoyo, Datum, Pop, CPI sont des instituts de sondage.

Selon ces estimations seul Ollanta Humala est assuré d’avoir une place au second tour. Nous attendons les résultats officiels de l’ONPE autour de 19h 20h ce soir.

Jérôme DENNI

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