Alan García.
Les péruviens connaissent bien Alan Gabriel Ludwig García Pérez car il a été le Président du Pérou de 1985 à 1990 âgé seulement de 36 ans. Connu aussi sous le surnom de "Caballo loco" (Cheval fou) au Pérou, c'est une figure éminente du Partido Aprista Peruano, émanation du mouvement politique latino-américain APRA. Ayant donc un passé politique, que retenir d’Alan Garcia comme président ? Une catastrophe économique sans précédant au Pérou. Alors comment se fait-il qu’il arrive en deuxième position dans la course présidentielle parmi les 24 candidats qui se sont présentés ?
Le bilan de sa présidence (de 1985 à 1990).
Des difficultés économiques :
La politique économique de García applique un contrôle drastique du taux de change et l’associe à une surémission de la monnaie. La monnaie péruvienne, le sol, dévaluée est remplacée par l’Inti (milieu 1985 un Inti était égale à 1000 soles).
Le gouvernement péruvien rejette les préconisations du FMI (Fonds Monétaire International) et limite le remboursement de la dette extérieure à 10% des revenus d’exportations du pays. Cette décision retarde le remboursement de cette dette et à pour conséquence pour le Pérou d’être déclaré inéligible par le FMI en août 1986.
Dans un premier temps, la hausse des bas salaires, la baisse du taux d’inflation et la forte croissance de l’économie satisfait la population et l’APRA gagne haut la main les élections municipales en novembre.
Mais en 1987, les ressources de l’Etat sont épuisées. Le gouvernement annonce donc la nationalisation des secteurs de la banque et de l’assurance afin de garder sous contrôle l’inflation, mais cette tentative s’enlise suite à la saisie des tribunaux par les actionnaires dépossédés.
Le pays entre en récession en 1988 malgré les tentatives de stabilisation du gouvernement. Le Pérou souffre d’une inflation de 120 % en 1987, 1722 % en 1988, 2776% en 1989, et qui atteint 7649% en 1990. Entre juillet 1985 et juillet 1990, l’inflation cumulée atteint donc tous les records et à la fin du mandat de Garcia les réserves de l’Etat sont négatives de 900 millions de dollars.
Selon une étude de l’INEI 41.6% des péruviens étaient en dessous du seuil de pauvreté au début du mandat de Garcia contre plus de 55 % en 1990 (à fin de son mandat).
Le terrorisme.
L’autre problème qui déstabilise le gouvernement de García est l’activité terroriste qui a débuté sous le gouvernement précédent de Fernando Belaúnde Terry et qui connaît son paroxysme de violence entre 1986 et 1988, nourrie par les tensions sociales engendrées par les difficultés économiques.
Le Sentier Lumineux, un mouvement violent d’inspiration maoïste, a commencé par attaquer des usines électriques, provoquant de nombreuses coupures d’électricité à Lima. Le gouvernement García cherche sans succès des solutions militaires au terrorisme, solutions qui engendreront de nombreuses bavures et une accusation de Garcia pour violations des droits de l’homme. On peut citer le massacre d’Accomarca en août 1985 où 47 paysans sont assassinés par l’armée péruvienne, le massacre de Cayara en mai 1988 dans lequel 30 personnes environ seront tuées et des dizaines d’autres auront disparus. Il y également l’exécution sommaire de plus de 200 détenus lors de mutineries dans les prisons de Lurigancho, San Juan Bautista, (El Frontón) et Santa Bárbara en 1986 à Lima, au même moment ou se tenait un congrès de l’Internationale Socialiste dans la capitale péruvienne. Le président Garcia avait donné l’ordre d’attaquer mais n’en assumera jamais les conséquences funestes.
Enfin, une enquête officielle estime que 1600 personnes ont disparues pendant la présidence de García.
Comment le pays a perçue cette crise ?
Traumatisé par la montée de la violence du terrorisme, fatigué des querelles et des contradictions internes de l’APRA, irrité par les incohérences du gouvernement, voilà l’état d’âme du Pérou pendant les années Garcia.
«Démissionnez, monsieur le président!», Tout l'éventail politique à l'exception de l'APRA a demandé la démission d’Alan Garcia. Les économistes, eux aussi, se joignent à cette demande en constatant l’hyperinflation conjuguée à une récession sans précédant. Enfin, mêmes les péruviens dans la rue réclament la démission du président dont son indice de popularité a baissé de 75 points en trois ans.
Avec un taux d’inflation qui dépasse tous les records, des prix multipliés par 10, par 20 une pénurie de plus en plus présente, la spéculation, le développement du marché noir, du marché parallèle, l’augmentation de la corruption administrative et policière, le Pérou vit un véritable cauchemar, une des pires années de son histoire !
Malgré cette constatation, Alan Garcia reste optimiste et affirme que son plan d’austérité donne des résultats positifs. L’opposition bondit de rage et Sylva Ruete, ancien ministre, illustre sénateur élu en 1985 sur une liste Aprista répond «Si le gouvernement ne présente pas tout de suite un programme cohérent, le pays va au-devant du plus grand désastre de son histoire. Tous les clignotants sont au rouge. Les réserves de la Banque centrale sont à moins 300 millions de dollars. L'Etat n'a plus de devises pour importer du lait, du blé, du mais, du sucre ».
Cette crise économique a engendré logiquement une situation sociale très inquiétante. Les tentatives de pillages sont de plus en plus fréquentes, les cortèges de femmes et d'enfants partant démunis vers Lima sont de plus en plus nombreux, voulant tout simplement rejoindre la capitale pour essayer de trouver du travail et de quoi se nourrir. Les agriculteurs barrent les routes, des bandits attaquent les cars de voyageurs et à Lima des mendiants font du porte-à-porte. L’insécurité est partout et dans ce contexte, des rumeurs de coup d’Etat militaire se multiplient.
Mais malgré cette situation catastrophique, le président ne démissionnera pas !
L’APRA. http://www.apra.org.pe/
Après avoir peint le tableau noir des années Garcia, il nous faut parler de l’APRA (Alianza Popular Revolucionaria Americana) (mouvement et parti politique péruvien fondé par Víctor Raúl Haya de la Torre en mai 1921) parti, qui ne peut pas être dissocié de l’homme. Les Cinq piliers fondamentaux de l’APRA de l’époque étaient :
• L’unité politique de l’Amérique latine.
• La nationalisation des terres et des grandes entreprises.
• L’internationalisation du canal de Panama.
• Se battre contre l’impérialisme des Etats-Unis.
• Etre solidaire de tous les peuples et toutes les classes opprimés dans le monde.
La doctrine Aprista revendique la Souveraineté Nationale et a pour objectif d’établir la Justice Sociale pour éviter les inégalités entre les riches et les pauvres. La doctrine Aprista affirme que sans liberté, sans démocratie et sans justice le progrès n’est pas possible et de se faite, elle rejette les dictatures politiques et économiques. L’APRA revendique aussi le rôle de l'État comme arbitre ; l’Etat doit être le régulateur entre le capital et le travail, entre les entreprises de services et les consommateurs et enfin entre la production nationale et l'économie mondiale. Enfin, la doctrine Aprista affirme qu'aucun pays d’Amérique latine ne pourra donner une solution unique et universelle au problème du développement économique et de la justice sans l'Intégration de tous les Peuples d’Amérique du Sud. L’APRA veut transformer la structure de l’Etat par la décentralisation. L’APRA se dit un parti de concertation et revendique la création d’un Congrès Economique National qui réunirait autour d’une même table l’Etat, le capital et la force de travail afin de répondre de manière technique et scientifique aux problèmes de l'investissement, de l'emploi et de l'utilisation des ressources pour le développement.
La doctrine Aprista ne rejette pas primitivement le capital étranger mais ne l’accepte pas non plus sous n’importe quelle condition. Cet équilibre doit être régulée par l’Etat. La doctrine est consciente qu’aucun pays sous-développé ne pourrait sortir de son retard sans l'aide économique et technologique des pays les plus avancés.
Pour l'APRA, l’accès à l’éducation doit être gratuite afin d’atteindre une conscience historique.
Enfin, ce qui est important pour la doctrine Aprista est de savoir s’adapter aux «changements économiques et sociaux du monde et de donner des réponses adéquates » (Víctor Raúl Haya de la Torre ). Aujourd'hui l’APRA est conscient qu’il faut s’intégrer dans une croissance économique mondiale, qu’il faut suivre les extraordinaires avancées de la technologie de l'information et des communications, mais qu’il faut à tout pris réguler les effets négatifs de cette mondialisation par l’Etat.
Internationale socialiste, l’APRA se positionne aujourd'hui dans une tendance politique social-démocrate. L’hymne du parti est la Marseillaise avec ses propres paroles en espagnol : la « Marsellesa Aprista »
Le plan de gouvernement Aprista d’Alan Garcia aujourd’hui.
Alan Garcia propose alors :
- De restituer à l’Etat un rôle actif dans l’économie et le social.
- De créer une Banque agricole «banco agrario», une institution qui aurait pour but de donner des crédits avantageux aux agriculteurs, ce qui augmenterait la production interne agricole et donc logiquement, en diminuerait les importations.
- Comme pour l’agriculture, une intervention de l’Etat au niveau de l’industrie, en régulant des importations excessives et nuisibles pour le pays et en appliquant entre autre, un système de quotas.
- Une plus grande justice sociale, à commence par défendre les droits du travail et restaurer la journée de 08h.
- Une décentralisation régionale et un renforcement des communes. Puis créer un programme municipal d’insertion pour les chômeurs (une sorte d’ANPE).
- D’augmenter le pouvoir d’achats des ménages en réduisant le prix de l’électricité et du téléphone, en baissant le coût des crédits bancaires, en augmentant les salaires.
- Enfin, de baisser le coût des médicaments et d’instaurer un système de retraite performant.
Voilà les grandes lignes de son plan de gouvernement. Mais certain n’ont pas oublié son passé politique catastrophique pour le pays.
Alan Garcia, plus jamais !
Après une présidence (entre 1985 et 1990) plus que controversée donc, on est en droit de se demander comment Alan Garcia peut oser se représenter et surtout, comment peut-il arriver second ou troisième parmi une liste de 24 candidats.
Un site, s’intitulant « Alan Nunca Más » (Alan plus jamais) récapitule tout ce qu’on peut reprocher à Alan Garcia afin de dissuader les péruviens de voter pour lui. En voici les grandes lignes :
Récapitulatifs de quelques faits.
- Les prix ont été multipliés par 22.
- Le PIB par habitant a chuté de 20 % pour retomber au même niveau que le PIB de 1960.
- Le déficit fiscal est arrivé à 8,7 % du PIB
- La pauvreté a été multipliée par 3 passant de 16 % à 45 %.
- Les salaires ont chuté de moitié.
- Les sous-emploie sont passés de 42 % à 73 % des actifs.
- La production agricole a chuté de 13 %.
- L’importation de produits agricoles a augmenté de 48 %.
- Les exportations ont chuté de 16 %.
- La dette extérieure est passée de 13 millions de dollars à 20 millions.
- Le Pérou s'est retrouvé inéligible par le FMI, et donc s’est retrouvé dans l’incapacité de recevoir des crédits à l’international.
- Le Pérou n’a reçu que 0.5% du total des flux d'investissement étranger en Amérique latine.
- Les entreprises publiques non financières ont perdu plus 1700 millions de dollars (Ecasa, Enci et Pescaperú ont perdu dans l'ensemble 622 millions de dollars mais ont augmenté leurs nombres d'employés de 242%).
- etc.
Un appartement de plus d’un million de dollars à Paris.
Alors même qu’Alan Garcia est soupçonné de s’être enrichit illicitement, on apprend qu’il possède un appartement de plus d’un million de dollars dans un des quartiers les plus luxueux de Paris. Le scandale éclate, surtout qu’à plusieurs reprises Alan Garcia avait affirmé ne posséder aucun bien immobilier à l’étranger.
Et enfin …
Alan Garcia est aussi accusé par certains de corruption, de violation des droits de l’homme, de barbarie et de tuerie (lutte contre le terrorisme). Il a été jugé, mais par des juges Aprista des juges corrompus (dit le site). Alan Garcia doit se reprocher d’avoir ruiner son pays, d’avoir laissé une crise sociale sans précédant, d’avoir mentis, de s’être enrichit illicitement, d’être responsable d’actes allant à l’encontre des droits de l’homme (http://www.elcomercioperu.com.pe/EdicionImpresa/Html/2005-02-18/impPolitica0261337.html). Voilà le portrait de l’homme dépeint par le site «Nunca Más ».
Alan Garcia au second tour ? 
A l’heure ou je vous écris, Alan Garcia est devant Lourdes Flores, au coude à coude, il a donc encore toutes ces chances de disputer le second tour et de devenir pour la seconde fois président du Pérou. Après tout ce que vous venez de lire, vous êtes sûrement entrain de vous dire que ce n’est pas possible….qu’ils sont fous ces péruviens ! Là je l’avoue, je suis dans l’impasse… car les arguments, les éléments qui expliqueraient pourquoi Alan Garcia se retrouverait au second tour face Ollanta Humala sont disproportionnés par rapport à son terrible échec politique dans le passé. Mais essayons quand même !
- Alan Garcia est revenue en affirmant que son exil en France l’avait fait changer, il dit avoir mûrit, d’avoir tiré les leçons de son échec et qu’aujourd’hui il ne commettrait pas les même erreurs. Alors, bien qu’il propose grosso-modo le même programme qu’en 1985, environ 25 % des péruviens ont été convaincu. Le tour semble être joué !
- Puis, il est important de signaler que le parti politique Aprista et l’un des plus vieux partis politiques au Pérou (créé en mai 1921), le mieux organisé et le plus développer (en effet, les cellules Aprista sont réparties un peu partout au Pérou). L’APRA au top du marketing politique combiné au talent d’orateur d’Alan Garcia fait des miracles et pour preuve. Exemple : l’APRA a réalisé un spot publicitaire animé ou l’on peut voir sur les chaînes locales du Pérou, des personnages en forme de petites étoiles (symboles du parti Aprista) danser sur un aire de reggaeton à la gloire d’Alan Garcia. Le reggaeton (mélange de raga, rap et de musique latino) est incontestablement la musique branchée, la musique des jeunes, la musique à la mode au Pérou et l’APRA s’en est justement servit pour rajeunir et donner du tonus à son image et ça a marché ; Alan Garcia après ce spot avait effectivement remonté dans les sondages.
Pour conclure sur Alan Garcia.
Alan Garcia a marqué les péruviens pour avoir fait plongé le pays dans une crise économique, institutionnelle et sociale sans précédant. A la fin de son mandat, il avait d’ailleurs promis à la presse de ne jamais revenir. Homme de gauche, fervent combattant de l’injustice sociale, il a pu tirer les conclusions de ses échecs dans son petit appartement parisien bourgeois de plus d’un million de dollars. Il revient alors et en un coup de baguette magique, presque ¼ de la population vote pour lui. Il dit avoir changé, mûri, compris ses erreurs mais son programme politique lui, n’a pas changé. A lima, les gens reçoivent en générale une bonne éducation, ce qui est loin d’être le cas dans tout le pays. Et en effet, c’est à Lima, qu’Alan García n’obtient que15 % des voix contre plus de 30 % par exemple pour Lourdes Flores. Sans éducation, les gens sont plus influençables. Alors, ce manque d’éducation expliquerait Garcia, Humala ? Je ne sais pas ! Garcia et Humala représentent les pauvres au Pérou. Dans tous les cas, avec Ollanta Humala le militaire, Alan García l’ex-présidant qui a mener son pays à la faillite, lui-même au coude à coude avec Lourdes Flores, le Pérou montre de toute évidence une disparité profonde des idées politiques et une crise de l’ensemble de la classe politique.
Jérôme DENNI
cou cou je suis peruvien c'est incroyable votre site, où vous propose themes d'actualité peruvienne, a mon avis Alan García c'est un coup dans les couilles..!!! le fouet du pauvre, à cause de lui le terrorisme dans le Perou il ya 25 ans a crû de une manière excecrable...
alors, j'espere que sont periode termine bientôt, il faut prier qu'il ne veuille le troisième fois autannt que président. Je suis ayacuchain dans 1989 les militaires avaient tué ma mère et mes uncles..
alors comment oublier ça???
C'est vraie que les peruviens souffrent de l'alzheimer ou pire encore du retard mentale...
je vais suivre votre site et les nouvelles ques vous proposes, je suis un étudiant de medecine,
salues depuis Ica
max albert
lechuguino2008@hotmail.com
qq1 interessé à me contacter ;)
je serai votre ami
Rédigé par : max albert | 13 novembre 2009 à 02:30