Ollanta Humala et son passé.
Ollanta Humala n’a aucun passé politique contrairement à Alan Garcia ou Lourdes Flores. Ancien lieutenant-colonel, son passé dans l’armée est plus qu’obscure. Il a été reconnu par plusieurs témoins comme étant l’ex-capitaine « Carlos » qui serait à ce titre responsable de violences, de tortures et d’enlèvements au Pérou entre 1992 et 1993. C’est seulement plus de 10 ans après les faits et en pleine campagne électorale (campagne électoral de 2006), que des plaintes seront déposées contre lui. Pourquoi ces accusations n’arrivent-elles que maintenant en pleine course présidentielle ? Lui-même répondra que ce n’est qu’une manœuvre politique visant à le discréditer. Quant aux victimes, elles diront l’avoir reconnue par le biais de sa médiatisation politique (presse et télévision) comme étant le capitaine « Carlos ». Mais aujourd’hui encore, personne n’a pu réellement prouver la véracité de ces accusations.
Cependant ça ne s’arrête pas là ! En octobre 2000, Ollanta Humala a été à la tête d’une rébellion pushiste contre le Président de l’époque Alberto Fujimori. L’armée envoie alors une centaine de soldats pour capturer les rebelles et leur chef Humala. Mais celui-ci ne se fait pas capturer et parvient à se cacher. Après Fujimori, Ollanta Humala est pardonné par le Congrès et retrouve ses droits militaires. Il est envoyé à Paris comme attaché de l’armée péruvienne et profite de la situation pour étudier le droit international à la Sorbonne. C’est après qu’il dérapera, lorsqu’il sera envoyé en Corée du Sud. En effet, on le forcera à démissionner de l’armée pour avoir motivé une rébellion ethnocacériste (en référence au général Andrés Avelino Caceres, ancien président du Pérou et héros de la guerre perdue en 1883 contre le Chili.) menée par son frère Antauro Humala à Andahualayas en janvier 2005 qui coûtera la vie à quatre policiers.
Sa famille.
Si son passé obscur fait parler de lui, il en va de même concernant sa famille.
Son frère, Antauro Humala est aujourd’hui en prison pour avoir mené l’attaque et la prise d’otages dont on vient de parler au nom de l’ethnocacériste (janvier 2005) qui coûtera la vie à 8 personnes dont quatre policiers. Celui-ci, demandait la démission du président actuelle Alejandro Toledo. D’ailleurs Antauro a déclaré publiquement qu’il faudrait le fusiller. En octobre 2003, le mensuel Ideele édité par l’ONG péruvienne Instituto de Defensa Legal posa cette question à Antauro Humala :
[Idee] «Quelle vision avez-vous du Pérou ? »
[Antauro Humala] « Cela ressemble à l’Afrique du Sud avant Mandela. C’est l’apartheid. La majorité de la population est cuivrée (c’est à dire les incas les indiens), mais économiquement, elle est minoritaire. Nous, nous allons rectifier cela ! ».
L’ethnocacériste (ou ethno-nationalisme) a été fondé par le Père Isaac Humala, avocat d’affaires. L’ethnocacériste est une idéologie qui vise à défendre la primauté de la race indienne et de créer sa propre patrie indigène. Cette patrie comprendrait des territoires situés au Pérou en Bolivie, en Equateur au Chili, et dans une partie de l’Argentine, soit l’ancien empire Incas. Il y a trois ans, Isaac Humala (donc le père d’Ollanta Humala) déclara « L'espèce humaine» est divisée «par nature, en quatre races ou ethnies : noire, blanche, jaune et cuivrée». Ollanta Humala défendra cette idéologie de manière beaucoup plus modérée que son frère Antauro et que son père Isaac (ces deux derniers, partisans d’une méthode révolutionnaire pour la conquête du pouvoir et des territoires de la patrie Indienne). C’est la raison pour laquelle Ollanta Humala créera le Parti Nationaliste Péruvien (PNP), partie que répudiera publiquement son père. Aussi, son père provoquera un scandale en déclarant à la presse vouloir libérer les chefs terroristes Victor Polay (MRTA) et le triste célèbre Abimel Guzman (du sentier lumineux). Mais Ollanta Humala s’opposera clairement et publiquement à son père concernant cette déclaration.
La dernière polémique en date vient de la mère d’Ollanta Humala, Elena Tasso d'origine italienne, qui a déclaré vouloir fusiller tous les homosexuelles et les violeurs pour rétablir un ordre moral au Pérou.
Même si Ollanta Humala s’éloigne publiquement de sa famille, certains pensent qu’il ne s’agit que d’une mise en scène. Si Ollanta est élue, il pourrait mettre facilement les membres de sa famille aux positions clés de son gouvernement.
Ses idées.
En effet, pour son image, Ollanta Humala essaye de prendre des distances par rapport à sa famille et aux aspects extrêmes de l’ethnocacériste. Ultranationaliste, anti-impérialiste à la rhétorique militaire, il se dit « ni de droite, ni de gauche mais d’en bas ». Humala enflamme les foules mais concernant ses propositions pour son gouvernement, elles sont pratiquement inexistantes. Il revendique l’origine des incas, il est contre les Etats-Unis et il veut légaliser l’exploitation de la feuille de Coca. Enfin, l’une des seules promesses qu’il est fait est d’expulser les intérêts Chilien du Pérou.
Concernant son nationalisme, il est « contre la globalisation qui va à l’encontre des intérêts nationaux ». Il promet de ne pas expulser les multinationales du Pays, mais veut que le Pérou administre en tant que pays souverain ses propres ressources. Il veut changer la constitution du Pérou pour deux raisons. La première est que cette constitution est néolibérale car l’Etat ne peut pas intervenir dans l’économie du pays, et aussi par ce que les entreprises étrangères bénéficient des mêmes conditions que les entreprises péruviennes. La deuxième raison invoquée, est que cette constitution est illégale car elle a été rédigée suite à un coup d’Etat ; celui du dictateur Fujimori.
En tant que nationaliste, il revendique son origine Indienne, plus précisément son origine Incas. Il veut reconstituer l’empire du soleil, non au sens littéral du terme mais créer un seul Etat national andino-americain en accord avec les pays voisins. Le Pérou, la Bolivie, l’Equateur, une partie du Chili et de l’argentine faisait partie de l’empire Incas, du tahuantinsuyo (royaume des quatre nations) ; en plus d’avoir la même langue, ces pays ont les mêmes origines et donc la même culture…
Ollanta Humala est anti-impérialiste et anti-américain même s’il admet qu’il faut commercer avec l’Amérique du Nord car elle est la première puissance économique mondiale.
Et enfin, l’exploitation de la feuille de Coca est l’un des sujets les plus abordés dans ses meetings car il touche un grand nombre de paysans. Le Pérou, produit 60 000 hectares de feuilles de Coca pour une consommation nationale de 10 000 hectares. Il faudrait donc éradiquer 50 000 hectares aux détriments des paysans. La feuille de Coca posséderait 14 propriétés, dont une est utilisée illégalement pour produire de la cocaïne. Ollanta Humala propose de trouver un marché qui exploiterait les 13 autres propriétés (qui elles, sont légales) de cette feuille.
Pour soutenir toutes ses idées, Ollanta Humala bénéficie d’un fort soutient de certains pays voisins, notamment et principalement du soutien du président charismatique du Venezuela, Hugo Chavez.
Mais ses idées ne sont pas aux goûts de tous.
Ollanta Humala à la tête des intentions de vote inquiète et pour preuve ; dès l’annonce des résultats du premier tour, la bourse de Lima a chuté de 04 %. La perception du Pérou par les marchés financiers «dépend désormais plus des sondages que des fondamentaux économiques», (Goldman Sachs de la banque d'affaires américaines). En effet, déjà en décembre, quand Humala avait augmenté significativement pour la première fois dans les sondages, la bourse avait chutée de 6,56 %, incitant diverses banques d'affaires internationales à recommander aux investisseurs de diminuer leurs possessions d’actifs dans les compagnies péruviennes.
Aussi, si Ollanta Humala venait à être élue, les Etats-Unis perdraient encore un peu plus d’influence en Amérique Latine. Et pour preuve, le dernier Sommet des Amériques en Argentine pour discuter de l’ALCA (Accord de libre Commerce pour les Amériques) a été un véritable échec pour George Bush. Ollanta Humala critique ouvertement les Etats-Unis. D’ailleurs le mercredi 12 avril 2006 après la signature du Traité du Libre Commerce (TLC) par le président Toledo avec les Etats-Unis, Ollanta Humala a promis de le réviser si il était élue président de la république. Certains analystes affirment que la Maison Blanche ne serait toléré le triomphe d’un homme comme Ollanta Humala qui favoriserait un axe andin et anti-américain. Car en effet, l’Amérique Latine se tournerait un peu plus vers la gauche si Ollanta était élue. Déjà en Equateur avec Lucio Gutiérrez même si ce dernier s’est tourné dès sa prise de fonction en faveur des Etats-Unis. Ensuite au Venezuela avec Hugo Chavez (l’idole des frères Humala) qui est le principal problème actuelle de George Bush en Amérique du sud, mais encore en Bolivie avec Evo Morales, en Argentine avec Néstor Carlos Kirchner et enfin au Brésil avec Luiz Inácio da Silva.
Enfin, les intellectuelles s’en mêlent aussi. Mario Vargas Llosa (écrivain péruvien mondialement reconnue) a appelé à ne pas voter pour le candidat nationaliste Ollanta Humala qui propose de « revenir à l’autoritarisme, aux manques de liberté et d’égalité ».
Pourquoi 30 % des péruviens votent-ils alors Ollanta Humala ?
Ici au Pérou, on entend souvent dire que les péruviens sont fiers de voter avec leur cœur et ceux qui votent avec leur cœur, votent généralement pour Ollanta Humala. Mais je vous l’accorde, il existe des raisons moins fantaisistes et plus socio-économiques.
Tout d’abord, statistiquement, plus le niveau socio-économique est faible, plus les personnes voteront pour Ollanta Humala (07 % des personnes de la classe économique la plus haute vote pour lui contre 38 % des personnes appartenant à la classe économique la plus pauvre). Et, si on considère que 51,6% de la population péruvienne vivent en dessous du seuil de pauvreté, on comprend mieux alors pourquoi Ollanta Humala est à la tête des intentions de vote au premier tour.
Aussi, une des raisons importantes pour laquelle les péruviens votent Ollanta Humala est la tension qu’il existe entre le Pérou et Chili. La plupart des péruviens détestent ouvertement les chiliens pour au moins deux raisons. Ils ont perdu la guerre dite du pacifique de 1879 à 1884 contre le Chili qui a eu pour conséquence la perte de territoires péruviens aujourd’hui encore, aux mains des chiliens. Et, la deuxième raison importante, est que Chili est un pays bien plus développé socio-économiquement que le Pérou. En plus, les intérêts chiliens et les entreprises chiliennes sont partout au Pérou. Le Pérou est jaloux de la réussite économique du Chili et ceux qui votent pour Ollanta Humala veulent le même homme fort que les chiliens (un militaire donc), en référence au dictateur Pinochet qui amènerait le Pérou au même niveau socio-économique que le Chili.
Ensuite, les faits ; le Pérou affiche une bonne croissance économique d’environ 06 % et un PIB qui a augmenté de 09 % fin 2005. La situation économique n’a jamais été aussi bonne au Pérou. Mais le problème, c’est que la population pauvre (plus de 50 % de la population totale) ne profite pas de cette création de richesse. Ollanta Humala le fait remarquer, la classe politique ne répartit pas les richesses, et si les gens ont confiance en lui c’est parce que justement, il ne fait pas partie de cette classe politique, c’est un homme nouveau qui comprend le peuple.
Le gouvernement de Toledo, a été un gouvernement mettant tout en œuvre pour attirer les investisseurs. Ollanta Humala a raison de faire remarquer que de grosses entreprises étrangères se sont installées exploitants les ressources du pays, sans payer d’impôts et sans en faire profiter la population. Par exemple à Cajamarca, l’une des régions les plus pauvres du Pérou, des entreprises internationales exploitent le plus gros gisement d’or d’Amérique Latine et la population à coté de cela vis dans la misère.
Enfin, il faut signaler que le Pérou est en pleine crise politique et institutionnelle en générale, une crise de la gauche et un ras le bol du néolibéralisme. Les péruviens n’ont pas confiance en leur gouvernement et en leurs politiciens « tous corrompus ». Toledo, le président actuel n’a qu’une cote de popularité de 07 % (malgré les excellents résultats économiques de son gouvernement) et aucun membre de son parti ne s’est présenté pour l’élection présidentielle de 2006 ; c’est pour dire !
Pour conclure sur Ollanta Humala.
Ultranationaliste, ethnocacériste (idées basées sur la race), ayant un passé militaire obscur, personnage n’ayant pas de grands respects des valeurs démocratiques (push intenté contre Fujimori), une famille aux idées extrémistes dont un frère en prison, aucun passé politique et donc aucune référence sur laquelle se baser ; voilà le portrait de l’homme en tête des intentions de vote au premier tour des élections au Pérou. Une grande disparité dans la population, d’un coté les riches (minoritaires) qui gouvernent et de l’autre les pauvres mis de coté, sans avoir véritablement de classes moyennes entre les deux. Une lassitude de la classe politique traditionnelle, la corruption, les promesses non tenues des politiciens….Mais Ollanta Humala n’est pas un politicien, il n’est pas comme eux, lui il est différent (se disent les péruviens) ! Il représente l’homme du peuple, l’homme d’en bas qui est à leur écoute. Mais si Humala est en tête au premier tour il devra convaincre encore une grande partie de la population, ce qui sera difficile. Car en effet, soit on est pour Ollanta Humala, soit on est anti-Humala ; pas de juste milieu ! Même s’il a raison de critiquer l’excès du système néo-libéralisme de Toledo, on espère (s’il est élue président du Pérou) qu'il n’ira pas dans l’excès inverse. Dans tous les cas, il est encore à ce jour le seul à être assuré au deuxième tour, car on ne sait toujours pas qui sera son adversaire et cela plus d’une semaine après la fermeture des urnes.
Jérôme DENNI


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