Comme tous bons français, on est fier de notre si bonne cuisine….et en venant au Pérou, je me suis dit qu’elle allait me manquer. Et en fait, presque pas ! Et oui mes chers lecteurs, on mange très bien au Pérou et presque partout, du petit restaurant familial aux restaurants huppés, il y en a pour tous les goûts et tous les budgets de 4 soles à 300 soles (environ de 1 euro à 75 euros) par personne. De plus, tous les péruviens que vous rencontrerez seront fiers de vous parler de leur cuisine, véritable fierté nationale. Personnellement, en France je n’ai jamais eu l’idée « de me faire un péruvien » ! « Un chinois, un japonais, un libanais, un italien, un grec, un indien etc. mais un péruvien ? ». On a bien tord ! Et oui, j’ai mené ma petite enquête sur cette cuisine haute en saveurs et en couleurs et vous n’allez pas être déçu du voyage. Alors allons-y !
Le Pérou : Le grenier du monde.
Sur les marchés vous serez agréablement surpris des couleurs, de la diversité des produits. Il n’existe pour ainsi dire pas de carences saisonnières du faite d'une situation géographique exceptionnelle propre au Pérou qui est doté de forêts tropicales, de déserts, de montagnes, d’océan. Les légumes verts et secs, le maïs et la pomme de terre y poussent tout au long de l’année.
Le Pérou est considéré comme le plus grand centre génétique du monde :
- Maïs (35 écotypes).
- Tomates (15 espèces)
- Pomme de terre (4000 sortes).
- Patates douces (2016 variétés, 65% du total mondial).
- 650 espèces de fruits « indigènes ».
- Un grand nombre de types de bananes.
- 2000 espèces de poissons (numéro un dans le monde).
On y trouve 84 des 117 écosystèmes de la planète. La géographie engendre une division gastronomique marquée. C’est pourquoi vous entendrez parler de la cuisine de la costa, de la sierra y de la selva (de la côte, de la montagne et de la forêt).
La cuisine péruvienne se repose sur de fortes influences culturelles. Basées sur le mélange de deux traditions culturelles : l’indigène et l’espagnole, auxquelles sont venus s’ajouter des apports africains et asiatiques (chinois et japonais) ainsi que des touches bien marquées de la cuisine française.
L’apport indigène.
A l’origine de la cuisine péruvienne se trouve la cuisine indigène. Les trois piliers fondamentaux de cette cuisine sont : la pomme de terre, le maïs et le piment. En effet, la pomme de terre est omniprésente dans les plats péruviens. Elle constitue par exemple la base de la « causa » (terrine de pomme de terre fourrée aux crevettes, au thon etc.), de la « papa rellena » (pomme de terre farcie), de sauces pimentées et de soupe de poisson. Je vous rappelle que l’origine de la pomme de terre est péruvienne !
Le maïs est lui aussi omniprésent au Pérou. Bouilli, cuit à la vapeur vous le trouverez sous de diverses formes.
Le piment, de toutes couleurs, de toutes tailles, figure dans de nombreuses préparations comme le « Rocoto relleno » plat de piments farcis d’Arequipa.
A ceci, vient s’ajouter les autres céréales natives du Pérou comme la « quinoa » (le blé des Andes), « le camote » (patate douce) etc. Les indigènes qui vivaient sur les hautes montagnes consommaient la viande de lamas et le cerf andin.
Enfin, mentionnons les nombreux fruits tels que la « palta » (avocat), la papaye dont il existe 8 espèces, la « piña » (ananas), la « lucuma », la « guanabana », la « cocona », « l’ aguaymanto », les fruits de la Passion parmi lesquels ont peut distinguer le « maracuya », la « grenadilla ». La plus part de ces fruits viennent de la forêt amazonienne, région dont l’influence c’est exercée plus tardivement que d’ autres sur la gastronomie.
L’influence espagnole et l’apport africain. Lors de la conquête au XVI siècle, les Espagnols introduisirent l’élevage des bovins et des porcins, la culture de l’ oignon et du citron. De nombreux plats péruviens sont originaires de la péninsule ibérique. Les brochettes de cœur de bœuf (« anticuchos »), macérées dans du vinaigre avec des piments rouges secs et des condiments, cuites au feu de bois sont à juste titre très populaire. Ces brochettes ont été importées par les Noirs que les Espagnols amenèrent au Pérou comme main d’œuvre esclave.
L’influence asiatique et les nouveaux apports européens.
En 1821 l’Espagne perd plusieurs de ses colonies et de ce fait, des dizaines de milliers de Chinois sont amenés au Pérou pour remplacer la main d’œuvre noire libérée. Les Chinois travaillent dans les plantations de canne à sucre le long des côtes. A leur libération, ils créent les fameux restaurants que l’on appelle « Chifas ». Ces restaurants, adaptant de vieilles formules culinaires et leur cuisine traditionnelle mélangée à des apports locaux, deviennent de plus en plus importants dans le paysage gastronomique péruvien. On leur doit entre autres, l’ introduction du gingembre et d’autres plantes aromatiques. L’un des plats les plus populaires, la viande sautée aux légumes, le « lomo saltado » est une création sino-péruvienne.
C’est pratiquement à la même époque que commence la migration européenne, en particulier celle qui provient d’Italie. Les Italiens s’installent sur la côte et transmettent leurs plats à base de pâtes, des glaces ainsi que certaines coutumes de préparation de poisson comme le Poulpe à l’olive (« pulpo al olivo »).
La dernière contribution à cet incroyable « melting-pot » culinaire date de la migration japonaise au début du XX siècle. Les Japonais adaptent les plats créoles et introduisent de nouvelles recettes. La richesse marine leur permet de réaliser des créations remarquables, en particulier dans la préparation du poisson cru.
La mer
La mer a toujours été historiquement une grande source de protéines pour le Pérou qui n’est pas un pays d’élevage. Frais, varié, le poisson est à l’origine de deux formes emblématiques de la cuisine péruvienne de la côte : les « ceviche » et les « sudados ».
Le ceviche est un plat de poisson cru ou de fruits de mer, marinés dans du jus de citron vert et du piment haché dont il existe un nombre incalculable de variantes. Les sudados, plats de poisson en sauce, préparés dans une marmite de terre, cuits à la vapeur réunissent poissons et fruits de mer dans un même repas. Lima est considérée comme un lieu exceptionnel de dégustation de poisson sur toute la côte du Pacifique.
La cuisine péruvienne aujourd’hui.
Aujourd’hui, la cuisine péruvienne tend vers la modernité. En effet, on peut voir apparaître de plus en plus des restaurants qui proposent un nouveau style de cuisine : la cuisine fusion, cuisine mélangeant la cuisine traditionnelle péruvienne et la cuisine européenne (particulièrement la cuisine française). Personnellement, c’est un délice ! Je me rappelle encore d’un gratin dauphinois avec une sauce au sauco (mûres péruviennes)……..Et permettez moi de préciser, que ce n’est pas parce que c’est de la cuisine dite moderne que vous allez trouver deux légumes dans votre assiette (ce qui se voit trop souvent à Paris par exemple) ; je vous défis même de finir votre repas !
Et enfin pour finir.
La cuisine péruvienne fait vraiment partie d’une des meilleures cuisines du monde. Variée avec de bons produits, tout cela favorisé par un melting-pot gastronomique impressionnant, on arrive à une cuisine globalement succulente. La gastronomie péruvienne à la réputation d’être la petite France de l’Amérique latine. Alors pourquoi est-elle si peu connue dans le monde, particulièrement en Europe ? C’est toujours la même chose, le Pérou a du mal à se vendre, à faire connaître ses richesses. Alors tout ce que je vous conseil, c’est si vous passez devant un restaurant péruvien (a Paris, il doit y en avoir, pues !), allez-y !
Jérôme DENNI.


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