En arrivant à Lima, nous sommes partis à la recherche de livres, de CD et de DVD. Nous avons trouvé peu de librairies et disquaires et finalement nous avons constaté une offre relativement pauvre de produits culturels. Il n’a pas fallu longtemps pour apprendre qu’il existait un marché parallèle à ce marché formel si décevant : on nous a conseillé d’aller au centre commercial « Polvos Azules ».
Polvos Azules et la découverte du marché noir.
Quelle surprise ! Polvos Azules, c’est un peu les galeries Lafayette de la piraterie et de la contrefaçon version péruvienne. Polvos Azules est un centre commercial sur deux étages où vous trouvez de tout : DVD/VCD, CD, jeux vidéos, électronique, vêtements et chaussures de marque, alcool, confiserie etc. à des prix défiant l’imagination. Le DVD est à 05 soles l’unité mais revient à 02 ou 03 soles si vous en achetez plusieurs. Divisez par 4.20 et vous obtiendrez le prix en euros ….pardon en centime d’euro.
Le comble est que l’offre est riche, du dernier Spielberg encore à l’affiche aux vieux films hollywoodiens des années 50, en passant par les films français primés à Cannes et les saisons com. 24h etc.). Cinéma d’auteurs, gros blockbusters tout y est.
Une gallerie de Polvos Azules.
Les amateurs de Playstation ne seraient pas déçus, le dernier Winning Eleven est à 05 soles. Vous voulez vous acheter un ordinateur Sony, un téléviseur écran plat Thomson, un nouveau Caméscope Canon, une paire de Puma, ou un jean Diesel venez à Polvos Azules.
La cerise sur le gâteau, nous ne manquons jamais de sortir de Polvos Azules avec un sac de bonbons moins chers qu’en supermarché.
Face à ça, le choix se pose en des termes simples. D’un coté un marché légal sans variétés et relativement cher. De l’autre, un marché informel où l’offre de produits culturels est abondante, diversifiée et extrêmement bon marché.
Quand à la qualité des produits piratés elle est très variable. Il nous arrive fréquemment d’acquérir des films avec les sous-titres en français mais vous pouvez tomber sur des DVD où le film gravé est en fait un enregistrement de l’écran de la salle même du ciné lors de la projection du film. Si la qualité ne vous satisfait pas, il n’y a aucune difficulté à changer votre disque, pas besoin de présenter le ticket de caisse (de toute façon il y en a pas), le vendeur reconnaît ses CD. Le challenge consiste plutôt à retrouver la boutique dans ce labyrinthe de galeries.
Au-delà de notre propre expérience, nous avons été interpellé par l’ampleur du phénomène de la piraterie au Pérou. Après quelques recherches, nous pouvons vous donner ces chiffres parlants :
- En 2004 au Pérou selon IIPA (Alliance International de la Propriété Intellectuelle).
-Sur 100 disques vendus 98 sont d’origine illégale.
-75 % des DVD achetés au Pérou sont d’origine pirate.
-70 % des ventes de produits piratés du Pays se font dans Lima même ou, à la périphérie. - Aujourd’hui le prix :
- d’un CD piraté est de 03 soles (comme le dernier Coldplay) contre 50 soles pour le
CD original.
- d’un DVD piraté est de 05 à 07 soles contre 80 soles pour l’originale.
La Fédération Internationale de l’industrie Phonographique (IFPI) révèle qu’en 2004 un disque sur trois vendu dans le monde était piraté. L’IFPI pointe du doigt dix pays où la lutte contre le piratage est prioritaire. Le Pérou est dans le top 10 et occupe avec le Paraguay la première place concernant la part de marché occupée par le piratage de CD Audio (98% pour le Pérou, 99%pour le Paraguay).
Avec 85% de disques vendus piratés pour 493 millions d’euros, la Chine remporte la première place en valeur. Un seul pays Européen figurant dans ce triste palmarès, l’Espagne.
Nous connaissons bien sûr, le même phénomène en France. Mais ce qui distingue le marché péruvien c’est son ampleur, la différence notable de prix entre un cd à 20 dollars et un autre à 1 dollar et l’existence d’une offre pauvre d’un coté (le marché formel) et riche de l’autre.
En France, l’offre en DVD originaux est bien plus large que celle des DVD piratés et le choix entre acheter à La Fnac, Virgin etc., ou un DVD pirate sur un marché à Saint-Denis se fait surtout en fonction du prix. Rien de comparable au Pérou.
Les Conséquences économiques et culturelles sont celles que vous pouvez imaginer :
- Trois chaînes se partagent les 02% du marché de la distribution du disque revenant au secteur légal.
- Les entreprises Sony et Warner Bross ont renoncé à s’implanter au Pérou.
- 300 disquaires ont fermés en 2004, conséquence d’une concurrence déloyale de la piraterie.
- La vente de logiciel a enregistré en 2004 une perte de 39 millions de dollars.
- Pour le marché nationale formel du disque au Pérou la perte supposait est de 798 millions de dollars.
Nous vous épargnons le calcul des pertes en droit d’auteur.
De cela on peut déduire, les pertes d’emploies, une offre de produits culturels qui demeure pauvre sans compter que ce climat ne favorise pas la création artistique.
Bien sur, il existe une loi récemment votée censée protéger la propriété intellectuelle. Mais cette loi est restée lettre morte face à l’absence de motivations des autorités publiques et compte tenu de l’ampleur du phénomène.
Mis à part quelques amandes et fermetures provisoires de boutiques à Polvos Azules ou dans d’autres marchés noirs et en dépit d’une campagne de sensibilisation à la télévision et au cinéma, le phénomène prospère en toute impunité. La sécurité des entrées des galeries bondées de Polvos Azules est assurée par des policiers. Aucune chance que le consommateur se face interpeller.
Pour conclure, si nous désapprouvons la piraterie de façon générale, et en particulier dans un pays comme la France où l’offre légale de produits culturels est abondante, nous reconnaissons que nous n’avons pas les mêmes scrupules au Pérou bien que notre pouvoir d’achat nous rende abordable les produits du marché légal, dans la mesure ù le marché informel nous donne aces à la culture bien mieux que ne le permet le marché légal.
Jérôme DENNI & Alexandra BONNET

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